Lou Reed - Set The Twilight Reeling

Lou Reed - Set The Twilight Reeling

35,00 €Prix

Notoirement cyclothymique, Lou Reed hésitait récemment entre deux vocations : rock’n’roll animal ou raseur maximal. Après une paire d’albums passionnants (New York, bagarreur, et Songs for Drella, bouleversant), il avait viré prof. Père sévère d’un public au garde-à-vous (la tournée Magic and loss, ambiance mausolée), puis grand satrape d’un Velvet Underground grabataire. Sur Set the twilight reeling, il revient tel qu’en lui-même, omnipotent (virés les virtuoses, à lui toutes les guitares) et papoteur, pitre et poète. Ce Lou Reed ergoteur, auteur d’albums omnibus ramasseurs de trouvailles épatantes comme d’idées rances, propulsés par une mauvaise foi abyssale et un ego himalayen, on l’a toujours eu à la bonne. Rouscailleur et fleur bleue, mauvais coucheur orfèvre en philippiques savantes comme en obscénités au ras du bitume, il est la rubrique Ping-Pong à lui tout seul. Dernière tête de Turc du vengeur lettré (une demi-douzaine de personnages shakespeariens font de la figuration) : Robert Dole, leader de la majorité républicaine, qui succède sur sa liste noire à Louis Farrakhan, leader charismatique et antisémite de la Nation de l’Islam. Une torgnole à gauche, un pain à droite : Lou le Juste ne fait pas de favoritisme. Guitare truculente et succulent phrasé : personne ne maîtrise comme Lou Reed l’art du ton d’autant plus méprisant qu’il est ostensiblement neutre, de la vacherie ironique qui troue la peau. Sex with your parents part ii (motherfucker) assassine dans la mauvaise humeur et le freudisme bon marché la moral majority (s’ils sont neuneus, c’est pour mieux conjurer le sort de parents incestueux) ; Hookywooky zigouille les anciens amants de Laurie Anderson ­ nouvelle madame Reed ­, balancés sous les roues des voitures de Canal Street par un Lou jaloux comme un pou et du coup herculéen. Sur Set the twilight reeling, on ne badine pas avec l’amour. Après Shelley (la beauté aux yeux clairs qui inspira autrefois Pale blue eyes), Rachel (l’égérie ambiguë de Coney Island baby) et Sylvia (« Mes ex me piquent mon froc, mon fric et mon nom »), Lou se retrouve gaga d’admiration face à Laurie, la « femme aux mille visages » (Trade in), l’aventurière (The Adventurer) qu’il compte épouser. Bonne nouvelle : passé les inévitables exercices d’introspection paniquée (Hang on to your emotions), le marié est en rose. Les mélodies sont crémeuses, la voix reste la plus espiègle, onctueuse et expressive du rock. Miracle : Lou Reed, prématurément enterré par les ragots rassis (la biographie best-seller pondue par Victor Bockris racle d’assez ignoble façon les fonds de poubelle), relève la tête. NYC man baguenaude sur les brisées cuivrées de Walk on the wild side, et l’album, nonobstant son titre crépusculaire, renoue avec la fraîcheur de New sensations, la niaiserie en moins (pas de déclarations enflammées à l’adresse de la Harley de Lou période gentleman farmer), les chansons, gaillardes, en plus.